Synthèse sur les méthodes d’évaluation de la durabilité de l’élevage

Synthèse sur les méthodes d’évaluation de la durabilité de l’élevage : quels outils, quels couplages, quelles complémentarités disciplinaires ?

Synthèse sur le couplage des méthodes : comment aller vers plus de disciplinarité ?

J. Vayssières a présenté une synthèse sur le couplage des méthodes. Il a d’abord tenté de résumer quelles étaient les barrières à l’émergence de la pluridisciplinarité :
• Certaines méthodes sont plutôt normatives (comme ACV), tandis que d’autres recherchent plus de souplesse (méthodes participatives, identification des indicateurs à dire d’acteurs).
• Certaines méthodes sont plutôt quantitatives, tandis que d’autres sont plutôt qualitatives.
• Dans le même ordre d’idée, certains méthodes font de l’agrégation, tandis que d’autres évitent le scoring et gardent une caractérisation plurielle du niveau de durabilité basée sur plusieurs indicateurs ou dimensions.
Il a ensuite souligné les points positifs qui permettent d’envisager des échanges et des complémentarités entre différentes méthodes :
• Dans les objets d’analyse : les territoires sont traversés par les filières
• Certaines méthodes (multicritère) cherchent à croiser les approches et les disciplines
• Certaines méthodes ont tout intérêt à se nourrir des autres. L’approche géographique apporte la spatialisation (ACV territoriale), le temporel
• Il y a déjà des compatibilités entre méthodes (ACV sociales, ACV territoriales)…
• Certains outils favorisent l’interdisciplinarité et le couplage des méthodes (outil Ocelet, plateformes de modélisation sociales et biophysiques)

Discussions

Cette présentation a ensuite été suivie d’une discussion.
Nadhem Il y a une complémentarité entre plusieurs méthodes. Il faut faire appel à d’autres disciplines. Il manque le côté environnemental à l’approche filière. Donc importance de coupler ACVfilière par exemple.
René : S’inspirer d’outils pour favoriser l’interdisciplinarité. Et respecter la complexité du territoire. Importance des Trade-off, compromis développés par les environnementalistes. C’est une démarche très utile : aller chercher les « filtres » du compromis. Le territoire amène du complexe, mais il existe des méthodes pour appréhender cette complexité.
Abdrahmane : 1/ devant la complexité on a tendance à fuir et à faire ce qu’on sait faire. 2/ On a souvent tendance à utiliser le concept de durabilité comme « faire valoir ». Mais il faut aller au-delà Jonathan : le plus simple : mettre côté à côte les démarches filières et ACV. Mais ce n’est pas si simple car les périmètres de l’objet ne sont pas définis de la même manière. Il y a un réel enjeu de partir des mêmes données d’inventaire. C’est un gros boulot de mettre en cohérence les données et les étapes de la méthode.
Denis Sautier : sur l’idée de compromis : on s’intéresse à la durabilité comme outil de connaissance, mais aussi comme outil d’action, de compromis, de politique ; Pour cela, il est important de mettre à jour les compromis des acteurs sur la durabilité. On ne peut pas actionner des leviers si on n’a pas ces données sur les visions des acteurs du système.
Christian : Peut-on faire avancer en même temps les 3 piliers ? Comment les faire avancer au même niveau ? Quel élevage on veut pour demain ? Faut-il mettre en avant l’environnement alors que pour les acteurs les priorités sont économiques et sociales ? L’idée de compromis me plait beaucoup pour arbitrer sur ce sujet
Ibra : Il y a un pilier important : la gouvernance, le politique. Quand on veut analyser l’évolution des pratiques, il y a le poids des facteurs politiques. Gouvernance locale. On le met où cela ? Faut-il en faire un pilier à part entière de la durabilité ?
René : sur la notion de durabilité : la durabilité n’existe pas. IL faut la définir comme une tendance, une perspective, une voie d’amélioration. Il faut se donner des chemins vers la durabilité. La durabilité est un objectif, une façon de choisir des chemins, de faire des compromis Martine : Je me pose toujours la question de la « légitimité » pour réfléchir sur les futurs possibles.
Comment réunir les acteurs pour réfléchir avec eux sur ce qui va se passer ? Le chercheur est-il légitime pour proposer des orientations à des communautés, pour proposer une vision prospective ?
Jacques : Durabilité n’est pas un état objectif du système qui est visé. Mais c’est « éviter de construire des irréversibilités ». Jérémy : Sur la difficulté de traduire territoire en anglais : Il est aussi difficile de traduire « sustainable ». Le terme « soutenable » est parfois plus explicite que le terme « durable »
Table ronde sur les enjeux et question pour la recherche et le développement Animation : Christian Corniaux, Djiby Dia
Objectif : L’objectif de la Table Ronde est d’élaborer une synthèse de l’atelier, et d’en tirer des orientations pour les recherches futures. La table ronde cherchait à répondre à la question suivante :
Evaluer la durabilité des activités d’élevage : Nouveaux enjeux et questions pour la recherche et le développement ? Méthode : La Table Ronde était composée de 4 Invités qui représentaient chacun une discipline : Habibou Assouma (sciences environnementales), Philippe Lecomte (sciences agronomiques),

René

Poccard-Chapuis (géographie) et Nadhem Mtimet (économie / sciences sociales).
Trois sous-questions étaient traitées successivement en ½ heure chacune pour répondre à la question posée. « Afin de mieux participer à l’évaluation de la durabilité des activités d’élevage à différentes échelles et pour répondre à différentes demandes sociales… :
• Question 1. Quelles orientations scientifiques (méthodes et approches) faut-il recommander dans votre discipline ?
• Question 2. Quels types de partenariats scientifiques et de projets de recherche faut-il promouvoir ?
• Question 3. Quels modes de partenariat avec les acteurs du terrain et les décideurs faut-il construire ?

Question 1 : Quelles orientation scientifiques faut-il recommander dans votre discipline ?

Habibou Assouma : Dans le domaine environnemental, nous avons très peu de données sur la production des gaz à effets de serre en milieu Sahélien. On sait très peu de chose sur l’impact des systèmes d’élevage sur le changement climatique.
Philippe Lecomte : Formidable progrès entre la science agronomique telle qu’elle était enseignée il y a 40 ans et la science agronomique telle qu’elle est pratiquée actuellement. Le concept de durabilité est revenu en force. Beaucoup d’originalité dans la manière dont les choses ont été présentées, et qui permettent de regarder le futur autrement que par le passé.
Il reste encore du chemin à parcourir. Comme le recommande le HLPE « agriculture », il faut regarder l’avenir de l’agriculture de manière intégrée avec l’élevage. Il faut continuer à faire du croisement disciplinaire. Les ACV font faire des progrès aux recherches vers plus de systémique. On raisonne de manière beaucoup plus systémique qu’avant. On peut aller de plus en plus vers la dimension de transdisciplinarité : une discipline nourrit l’autre. Emission de méthane dans le rumen / émission de méthane dans le territoire. Le concept de filière aussi commence à émerger dans les sciences agronomiques. Il y a des propriétés nouvelles qui émergent quand on prend un peu de recul.
Il me semble qu’en observant différents terrains, il y a sans doute intérêt pour la science agronomique à s’ouvrir à d’autres disciplines pour prendre en compte d’autres dimensions. Par exemple la somme des activités dans un territoire.
Toutes ces perspectives nouvelles sont très encourageantes. On voit évoluer les sciences agronomiques sur le long terme.
Nadhem Mtimet Quelles orientations pour le futur ? L’interdisciplinarité est très importante. Je ne sais pas quelle est la méthode qu’il faut utiliser. Il faut voir quelle méthode utiliser, tenir compte du contexte et des objectifs. L’analyse en termes de chaîne de valeur n’est pas suffisante pour analyser la durabilité. Il faut la coupler avec la méthode ACV d’évaluation environnementale.

L’interdisciplinarité est très importante

Les indicateurs : peut-on avoir les mêmes indicateurs pour plusieurs pays ? Il y a toujours des différences entre pays développés et pays en développement. La durabilité dépend du contexte. Les standards ne sont pas les mêmes. Il ne s’agit pas de reproduire un modèle des pays développés dans les pays en développement. Il y a aussi des différences entre filières formelles et filières informelles dans un même pays. Il faut être clair sur la méthode et l’adapter au contexte
La communauté de recherche sur l’élevage a été très attaquée. On a un vrai challenge scientifique. Il faut répondre à ce challenge. On doit montrer la durabilité des systèmes d’élevage et l’importance de ce secteur dans l’alimentation.
René Poccard-Chapuis : La géographie est forte dans l’interdisciplinarité. Dès l’origine de la formation d’un géographe, on apprend à partir des différentes disciplines. Donc on est bien placé pour fédérer les disciplines. Par exemple autour du territoire.
Par contre, la géographie est beaucoup moins forte sur la durabilité. On est habitués à plonger dans la complexité, mais pas dans des approches d’évaluation. Ce domaine doit se développer. C’est une direction importante pour la discipline. Travailler autour de trade-offs, de compromis. Utiliser des outils statistiques spatiales pour l’évaluation. Marier des approches systémiques classique avec des approches analytiques. Idem pour le temporel. On pratique beaucoup la prospective territoriale.
C’est une voie à approfondir pour coupler la prospective territoriale avec de l’évaluation. L’approche par paysage est aussi engagée vers l’évaluation, même si ces approches restent encore peu engagées dans le socio-économique.
Il faut tendre vers le couplage entre filières et territoires, mais il n’y a pas encore de cadre d’analyse.
Sur la notion de territoire : Les autres disciplines doivent mieux s’approprier ce concept. Il n’y a pas de définition générique du territoire, mais il doit être défini à partir d’éléments de base : espace approprié par un groupe social, et possédant ses propres règles de gestion et de gouvernance. Les géographes doivent aussi appuyer les autres disciplines dans le « changement d’échelle ». Il y a de vrais questions méthodologiques à traiter.
Question 2 : Quels types de partenariats scientifiques et de projets de recherche faut-il promouvoir ?
Habibou : importance d’intégrer tous les acteurs d’une même filière ou d’un même système.
Composantes techniques relevant de plusieurs disciplines. Donc aller vers des choses intégrées. Philippe : Il faut poursuivre dans des partenariats orientés vers le terrain. Et poursuivre les partenariats avec les scientifiques du Sud. Nous avons un besoin majeur en données de terrain. On commence à en manquer. La stratégie de partenariat scientifique du Cirad est assez originale et très pertinente
Il faut arrêter de croire qu’il n’y a que la science qui innove. La société aussi est pleine d’innovations.
Il faut confronter les chercheurs aux acteurs de la société.
Il faut croiser des échelles basses et des échelles plus globales comme le territoire. Cela ouvre des perspectives très fortes à la pluridisciplinarité.
Les types de projet à recommander : projets multi-scalaires des échelles très basses aux échelles très hautes. Ce croisement d’échelles amène à des innovations innovantes.
L’idée de « paniers de projets » est aussi très intéressante. La combinaison de plusieurs petits projets est aussi intéressante. Il ne faut pas nécessairement privilégier des « projets à impact ». Il faut penser la continuité.
Nadhem : Projets interdisciplinaires est très importante. Il faut venir ensemble avec l’idée ouverte d’accepter et de négocier des compromis. Chacun ne doit pas camper sur ses idées. Le compromis ne doit pas être au détriment de la science, mais il faut croiser des méthodes, et les adapter. Potentiel de collaboration énorme entre ILRI et CIRAD sur les questions de gaz à effets de serre. Il faut s’assoir et avoir plus de rencontres. On pourrait imaginer un colloque scientifique international ou un symposium dans un colloque sur ce thème. Cf dans 2 ans : symposium international des économistes agraires.
On a un vrai défi à montrer les avantages et les bienfaits de l’élevage
René : Il est important d’avoir un regard sur les différentes facettes de la durabilité. Mais il faut que ces regards soient convergents. Il faut donc que chaque discipline accepte de converger vers les autres disciplines. Il y a une part de renoncement, de compromis, mais pour s’enrichir mutuellement.
On a parlé d’élevage dans les territoires. Mais il faut mettre des interactions entre les filières et les territories. Par exemple concurrence entre élevage sahelien et élevage brésilien qui impacte les territoires.
Question 3 : Quels modes de partenariat avec les acteurs du terrain et les décideurs ?
Habibou : partenariats de terrain avec les acteurs sont importants pour appréhender l’impact de l’élevage sur l’environnement.
Philippe : Partenariat à construire avec le reste de la société. Progrès déjà extraordinaires dans les approches de la science agronomique. Mais il reste du chemin à parcourir pour que les nouvelles formes de partenariats soient plus inclusives. Il y a un concept qui semble fertile : la « coconstruction » avec l’ensemble des acteurs d’innovations, ou de diagnostics. Il y des formes de modélisation qui favorisent ces partenariats, d’autres outils comme les jeux de rôle pour créer de nouvelles formes de connaissance.
Importance de prendre en compte du poids de chacun, de l’équité.

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